Le peuple yézidi
Qui sont les Yézidis, en quoi ils croient, quelle langue ils parlent et quelles fêtes ils célèbrent. L’essentiel, pour ceux qui les découvrent et pour les familles qui veulent transmettre.

Origines
Les Yézidis sont un peuple de langue êzdîkî (kurmancî) dont la religion s’est formée en Mésopotamie. Les sources médiévales attestent leur présence dans le nord de l’Irak actuel et dans le sud-est de l’Anatolie. Au XIIe siècle, le mouvement lié à Şêx Adî ibn Musafir, autour du sanctuaire de Lalish, structure durablement la communauté.
Les persécutions de la fin de l’Empire ottoman, entre 1915 et 1918, poussent une partie des Yézidis vers le Caucase, surtout en Arménie et en Géorgie. C’est de là que viennent aujourd’hui la plupart des familles yézidies de France. Le génocide de Sinjar, en 2014, a provoqué un nouvel exil depuis l’Irak.
Beaucoup de Yézidis se considèrent comme un peuple à part entière, d’autres comme des Kurdes de religion yézidie. L’association respecte les deux points de vue.
Religion : le Şerfedîn
Miletê min Êzdî, dînê min Şerfedîn.
« Mon peuple est êzdî, ma religion est le Şerfedîn. » C’est ainsi que les Êzdî d’Arménie, de Géorgie et de Russie disent qui ils sont. Şerfedîn (Şeref ed-Dîn, « l’honneur de la religion ») est le nom que notre tradition donne à notre foi, connue en français sous le nom de yézidisme. Nous sommes le peuple de Siltan Êzîd, que nos prières appellent Siltan Êzîdê sor, « le Sultan Êzîd rouge ». Avec Tawûsê Melek et Şêx Adî, il forme l’unité divine que nous vénérons. Notre communauté se nomme l’Êzdîxane, la maison des Êzdî.
La religion yézidie est monothéiste. Dieu (Xwedê) a créé le monde et l’a confié à sept anges, dont le premier est Tawûsê Melek, l’Ange Paon. Des auteurs hostiles l’ont assimilé à une figure du mal ; cette confusion est à l’origine de préjugés tenaces et de persécutions.
La tradition est d’abord orale. Elle se transmet par les hymnes sacrés (qewl), les chants (stran) et les prières. On naît yézidi : la religion ne cherche pas de convertis. La société est organisée en trois groupes héréditaires, şêx, pîr et mirîd.
Le soleil est un symbole important de l’identité êzdî. Sa représentation, visible à Lalish, n’a pas de portée politique.
Depuis 2019, le chef spirituel et temporel de la communauté (mîr) est Mîr Hazim Tahsin Beg.
Sources : G. S. Asatrian et V. Arakelova, The Religion of the Peacock Angel, Routledge, 2014, p. 29-30 ; K. Omarkhali, The Yezidi Religious Textual Tradition, Harrassowitz, 2017, p. 23 ; A. Rodziewicz, « Milete min Êzîd », Securitologia, 2018, p. 69.
Langue
La grande majorité des Yézidis parle l’êzdîkî (kurmancî) ; une minorité parle arabe, autour de Bachiqa et Bahzani, en Irak. Le kurmandji s’écrit surtout en alphabet latin ; au Kurdistan d’Irak, l’alphabet arabe reste courant. En Union soviétique, il s’est écrit d’abord en alphabet latin, puis en cyrillique après la guerre : le journal Riya Teze, fondé à Erevan en 1930 en caractères latins, interdit à la fin des années 1930, a reparu en cyrillique en 1955.
Les Yézidis ont aussi une écriture propre, entrée dans la norme Unicode en 2020.
En France, beaucoup de familles venues de l’ex-URSS parlent russe au quotidien et êzdîkî (kurmancî) à la maison. C’est pourquoi ce site est publié en français, en russe, en êzdîkî (kurmancî) et en anglais.
Lieux
- Lalish (Irak)
- Le sanctuaire central, dans le district de Sheikhan, au nord-est de Mossoul. Il abrite le tombeau de Şêx Adî. Tout Yézidi est appelé à s’y rendre en pèlerinage.
- Mont Sinjar (Irak)
- Région où vivait une grande partie des Yézidis d’Irak, et lieu du génocide d’août 2014.
- Aknalich (Arménie)
- Le temple Quba Mêrê Dîwanê, inauguré en 2019, l’un des plus grands temples yézidis au monde.
- Tbilissi (Géorgie)
- Le centre Sultan Êzîd, ouvert en 2015 dans le quartier de Varketili.
Fêtes
- Nouvel An (Sersal)
- Aussi appelé Çarşema Sor, le Mercredi rouge. Il est célébré le premier mercredi d’avril du calendrier julien, soit mi-avril. On teint des œufs, on décore les maisons de fleurs et on partage des repas.
- Cejna Cemayê
- La fête de l’Assemblée, grand pèlerinage annuel à Lalish, du 6 au 13 octobre.
- Cejna Êzî
- En décembre, précédée de trois jours de jeûne (Rojiyên Êzî).
En France, ces fêtes sont l’occasion de rassemblements familiaux et communautaires.
Sources
- Christine Allison, « Yazidis i. General », Encyclopædia Iranica.
- Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), documentation sur la situation des Yézidis.
- Norme Unicode 13.0 (2020), bloc « Yezidi », U+10E80 à U+10EBF.
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