Le peuple yézidi
Cinq chapitres
pour situer un peuple.
Une présentation sobre, sans simplifications, pour qui découvre le peuple yézidi ou veut transmettre cette identité à la génération née en France.
I.
Origines
Les yézidis sont un peuple kurde non musulman dont l’identité s’est construite sur plusieurs millénaires au croisement des religions de Mésopotamie. Les sources médiévales attestent leur présence dans le nord de l’actuel Irak et dans le sud-est anatolien. Le mouvement associé à Şêx Adî ibn Musafir au XIIe siècle, autour du sanctuaire de Lalish, structure durablement la communauté.
Au cours du XXe siècle, deux séquences déplacent le centre de gravité de la diaspora : les persécutions ottomanes tardives autour de 1915-1918, et le génocide de Sinjar perpétré par Daech en août 2014. Entre les deux, l’Arménie soviétique devient l’un des refuges majeurs, ce qui explique le profil de la communauté yézidie de France aujourd’hui, majoritairement issue de l’espace post-soviétique.
II.
La foi
La religion yézidie est monothéiste, non prophétique. Elle repose sur un Dieu créateur (Xwedê) qui confie le monde à sept anges, dont le premier, Tawûsî Melek (« l’Ange Paon »), occupe une place centrale dans la théologie et la prière. Ce rôle a été délibérément confondu avec une figure démoniaque par des hérésiographes médiévaux, nourrissant une stigmatisation persistante.
La tradition orale — hymnes sacrés (qewl), chants (stran), prières récitées — est le vecteur principal de la transmission religieuse. Le clergé est héréditaire : les castes de Şêx, Pîr et Murîd structurent les liens sociaux et spirituels.
Le soleil tient une place symbolique forte. Ses représentations à 7, 14 ou 21 rayons sont un marqueur visuel de l’identité yézidie, distinct de toute appartenance politique.
III.
La langue
La langue communautaire est le kurmanji (kurde septentrional), écrit en alphabet latin en Turquie et en Irak, et historiquement en cyrillique dans l’espace soviétique. En France, la diaspora ex-URSS utilise le russe comme langue véhiculaire au quotidien, tout en transmettant le kurmanji dans le cadre familial et religieux.
L’Union des Yézidis de France fait le choix d’un site bilingue français-russe, reflétant cette réalité linguistique.
IV.
Les lieux
Lalish, dans le nord de l’Irak, est le sanctuaire central. C’est le lieu de pèlerinage obligatoire pour tout yézidi, quelle que soit son origine géographique.
Les sanctuaires de Ziyaret, en Arménie, constituent l’autre pôle sacré : ils témoignent de l’ancrage caucasien de la communauté et sont un marqueur identitaire fort pour la diaspora ex-URSS.
Le mont Sinjar (Şingal), en Irak, est le lieu du génocide de 2014. Il reste un territoire contesté et partiellement détruit.
V.
Les fêtes
Charshema Sor (« Mercredi rouge ») marque le Nouvel An yézidi, célébré le premier mercredi d’avril (calendrier julien). Des œufs sont teints en rouge, des feux allumés, des repas partagés. C’est la fête la plus visible en diaspora.
Cejnê Şêx Adî est le pèlerinage annuel à Lalish, en automne. Şev Berat et Roîshna Bîrî rythment le calendrier spirituel.
En France, ces fêtes sont l’occasion de rassemblements communautaires que l’UYF soutient et documente.
Aller plus loin
La mémoire yézidie, les témoignages, les chiffres documentés.
